Lorsque je repense à mes vacances en Auvergne, je pourrais facilement dire qu’elles ont été ratées.
Rien ne s’est vraiment déroulé comme je l’avais imaginé. Les imprévus se sont invités les uns après les autres, bousculant nos projets, nos habitudes et parfois même notre équilibre familial.
Pourtant, ces vacances m’ont appris quelque chose : changer de regard sur les imprévus ne consiste pas à nier ce qui a été difficile. Cela permet simplement de ne pas laisser les difficultés raconter toute l’histoire.
Si je regarde le verre à moitié vide…
Je pourrais commencer par cette crevaison lente.
Une voiture à emmener au garage en plein milieu des vacances, ce n’est jamais exactement ce qu’on imagine quand on prépare son séjour.
Je pourrais penser au temps perdu, au contretemps, à la contrainte.
Je pourrais aussi parler de mes vertiges.
Quand on aime marcher, découvrir, partir en randonnée et qu’on se demande soudain si son corps va suivre, le plaisir se mélange vite à une forme d’appréhension.
Il y a eu cette petite voix qui me demandait : « Et si ça recommence ? Et si je ne me sens pas bien là-haut ? Je vais gâcher les vacances de tout le monde ? Je ne vais rien pouvoir voir … »
Puis ma fille s’est ouvert le genou à Vulcania juste à la fermeture du parc.
Et là, changement de programme.
Plus de baignade pour elle. Plus de randonnées. Et forcément, lorsqu’on part ensemble, les projets des uns deviennent aussi ceux des autres.
Je pourrais donc regarder toutes ces choses qui n’ont pas eu lieu.
Les randonnées prévues.
Les baignades.
Les journées imaginées autrement.
Et puis il y a eu les moments un peu moins fluides de la vie à plusieurs.
Nous étions six enfants et deux adultes durant une partie des vacances, chacun avec son caractère, ses habitudes, ses besoins… et deux adultes qui n’ont pas toujours la même manière d’encadrer les choses.
Autant dire que le scénario du séjour parfaitement zen, où chacun sourit paisiblement devant un coucher de soleil, avait parfois pris quelques libertés avec la réalité.
Si je m’arrête là, effectivement :
ce n’étaient pas les vacances parfaites.
Changer de regard sur les imprévus …
La crevaison lente ?
Elle m’a aussi obligée à m’arrêter. (j’ai d’ailleurs eu la chance d’avoir un rendez-vous dès le lendemain pour ma voiture avec ce garagiste adorable – je ne pense pas qu’il lira mon article mais je le remercie encore – merci la vie).
À avoir une journée beaucoup plus calme que prévu.
À ralentir.
Et quand j’y pense aujourd’hui, ce n’était peut-être pas complètement inutile.
Nous avons parfois une drôle de manière de considérer le repos : nous voulons nous reposer… tout en remplissant nos journées.
Visiter. Marcher. Profiter. Voir. Faire.
Même pendant les vacances, il faudrait presque réussir ses vacances.
Alors cette voiture immobilisée m’a imposé ce que je ne me serais peut-être pas accordé moi-même : une pause.
Mes vertiges, eux, m’ont obligée à écouter davantage mes limites.
Pas à arrêter de vivre.
Pas à renoncer à tout.
Mais à vérifier ce qui était juste pour moi à ce moment-là.
Et ça aussi, finalement, c’est prendre soin de soi.
Quand les imprévus nous obligent à lâcher le programme prévu …
La blessure de ma fille a évidemment changé beaucoup de choses.
Sur le moment, je me serais volontiers passée de cet imprévu.
Mais une fois le genou soigné, il a fallu faire avec ce qui était là.
Pas avec les vacances que nous avions imaginées.
Avec celles que nous avions réellement.
Et cette nuance me paraît importante.
Nous passons parfois tellement de temps à comparer la réalité à ce qui aurait dû être que nous ne regardons plus vraiment ce qui est.
On aurait dû faire cette randonnée.
On avait prévu d’aller se baigner.
Normalement, la journée devait se passer comme ça.
Oui.
Mais elle ne s’est pas passée comme ça.
Et à partir de là, il reste une question :
qu’est-ce que je fais de ce qui est là maintenant ?
Voir le positif ne veut pas dire nier ce qui a été difficile
Je n’aime pas beaucoup cette idée selon laquelle il faudrait absolument voir du positif partout.
Certaines choses sont pénibles.
Certaines déçoivent.
Certaines font peur.
Et parfois, franchement, elles nous agacent.
La pensée positive ne devrait jamais devenir une nouvelle injonction : celle d’être heureuse et reconnaissante même quand quelque chose nous contrarie profondément.
Je n’ai pas adoré que ma fille se blesse.
Je n’ai pas trouvé mes vertiges merveilleux.
Et je n’ai pas bondi de joie en découvrant que ma voiture avait besoin de passer au garage.
Changer de regard ne signifie pas réécrire la réalité.
Cela signifie simplement ne pas laisser ce qui a été difficile prendre toute la place.
Les deux peuvent exister en même temps.
Ce n’était pas ce que j’avais prévu.
Et pourtant, il y a eu aussi du bon.
Je crois que c’est là que se situe la différence.
La famille recomposée : apprendre à composer avec nos différences …
Cette première semaine de vacances en famille recomposée m’a également rappelé quelque chose.
Nous sommes différents.
Il fonctionne davantage avec des règles et des cadres.
De mon côté, je suis beaucoup dans l’échange et la discussion.
Et forcément, lorsque plusieurs façons de fonctionner se rencontrent sous le même toit pendant plusieurs jours, il peut y avoir quelques étincelles.
Mais là encore, je pourrais choisir de ne retenir que les tensions.
Ou regarder ce qu’elles racontent.
Nos différences.
Nos limites.
Nos besoins.
Nos façons respectives d’aimer, de protéger, d’éduquer ou de nous positionner.
Vivre ensemble, ce n’est pas devenir identiques.
C’est aussi apprendre à composer.
Et ce n’est pas toujours confortable.
Mais c’est vivant.
Alors, mes vacances étaient-elles vraiment ratées ?
Non.
Elles n’ont simplement pas été celles que j’avais imaginées.
Et peut-être que finalement, c’est une phrase que nous pourrions appliquer à beaucoup de choses dans nos vies.
Une relation.
Un projet professionnel.
Une journée.
Une maternité.
Un changement que nous n’avions pas demandé.
Nous avons souvent une représentation très précise de la manière dont les choses devraient se dérouler.
Et lorsque la réalité prend un autre chemin, notre cerveau peut très rapidement conclure :
« Ça s’est mal passé. »
Alors qu’il existe parfois une autre possibilité :
« Ça ne s’est pas passé comme prévu. »
Et ce n’est pas exactement la même chose.
Ce que mes vacances m’ont appris …
La crevaison m’a offert ce que je ne m’autorisais jamais : une journée où je n’avais rien d’autre à faire que ralentir. Après un mois de juin particulièrement intense, c’était peut-être exactement ce dont j’avais besoin.
La blessure de ma fille nous a obligées à ralentir toutes les deux. Nous avons marché moins, mais nous avons beaucoup parlé. Dans cette période où l’adolescence s’invite doucement dans notre quotidien, ces moments étaient finalement bien plus précieux que quelques kilomètres de randonnée.
Mon fils de 16 ans m’a aussi appris quelque chose.
J’ai réalisé qu’il grandissait. Que les vacances avec sa mère ne remplissent plus tout à fait les mêmes besoins qu’avant. L’année prochaine, ce sera peut-être un copain qui l’accompagnera. Ce n’est pas un éloignement. C’est simplement une nouvelle étape de sa vie… et de la mienne.
J’ai aussi découvert des vacances beaucoup plus sereines avec ma deuxième fille. Nous avons partagé des moments d’une qualité que je n’avais encore jamais connue. Plus d’apaisement, plus de disponibilité, plus de plaisir ensemble.
J’ai dépassé mon vertige plusieurs fois.
Pas complètement.
Mais suffisamment pour ne plus le laisser décider à ma place.
Avec mon compagnon, nous avons aussi beaucoup appris. Vivre ensemble quelques jours à huit révèle forcément des différences. Nous avons testé, ajusté, discuté. Nous savons aujourd’hui un peu mieux ce qui nous convient… et ce qui nous demandera encore du temps.
Et puis il y a surtout eu quelque chose de beaucoup plus discret.
Pour la première fois depuis une bonne dizaine d’années, je suis rentrée de vacances reposée.
Vraiment reposée.
Pas avec la sensation d’avoir besoin d’une semaine supplémentaire pour récupérer.
Pas avec cette impression d’avoir couru après le temps.
J’ai laissé tomber beaucoup d’injonctions.
Je n’ai pas cherché à « rentabiliser » mes vacances.
Je n’ai pas voulu voir toute l’Auvergne en quinze jours.
J’ai accepté de remettre certaines visites à une autre fois.
J’ai pris mon temps.
J’ai contemplé.
J’ai respiré.
Et surtout, je me suis autorisée à ne rien prouver.
Au fond, je crois que ces vacances m’ont appris quelque chose d’essentiel.
Nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive.
En revanche, nous pouvons choisir le récit que nous construisons autour de ce que nous vivons.
Le récit qui nourrit la frustration.
Ou celui qui nous aide à grandir.
Je ne suis pas rentrée avec des vacances parfaites.
Je suis rentrée avec quelque chose de beaucoup plus précieux.
Une paix intérieure que je n’avais pas ressentie depuis longtemps.
Et une conviction qui se confirme chaque année un peu plus : apprendre à mieux se connaître change profondément notre façon de traverser les événements.
Les circonstances n’ont pas changé.
C’est mon regard qui a évolué.
Et parfois… c’est là que tout commence.
Et toi…
Quand quelque chose ne se passe pas comme tu l’avais imaginé, quelle est la première histoire que tu te racontes ?
Changer de regard sur ce que nous vivons ne se fait pas toujours en un claquement de doigts. Cela demande parfois de mieux comprendre nos réactions, nos besoins et les histoires que nous nous racontons.
C’est précisément ce que j’accompagne dans mes coachings : avancer par petits pas, avec lucidité et douceur, sans nier les difficultés ni se forcer à aller bien.
Si tu traverses une période qui ne ressemble pas à ce que tu avais imaginé, je peux t’aider à retrouver un chemin plus juste pour toi.
