Pendant près de cinq ans, la danse intuitive est restée dans un coin de ma tête. Puis, un soir, j’ai fini par franchir une porte que j’avais longtemps évitée…
Pour cette rentrée, je sentais que quelque chose bloquait.
Je ne savais pas vraiment quoi. Ou peut-être que je n’avais tout simplement pas très envie de le voir.
Vous connaissez peut-être cette sensation : extérieurement, tout continue. On travaille, on gère, on répond aux messages, on remplit le frigo, on accompagne les enfants, on organise les rendez-vous… La vie avance.
Mais à l’intérieur, quelque chose ne bouge plus.
Je crois que j’avais perdu un peu de ma légèreté.
Quand la vie devient trop sérieuse …
Ces dernières années, il y a eu la maladie de mon père, puis son décès. Ensuite, le cancer de ma mère, que j’accompagne encore aujourd’hui — et je vous rassure, tout se passe bien.
Il y a aussi mes trois enfants qui grandissent. Trois adolescents avec lesquels il faut préserver le lien et le dialogue, tout en rappelant quelques règles, sans se transformer en vieille morale ambulante.
Enfin… j’essaie.
Toutes ces choses mises bout à bout m’ont appris à tenir, à gérer, à anticiper et à prendre soin.
Mais elles m’ont aussi, doucement, presque sans que je m’en aperçoive, éloignée de la joie, du jeu et du lâcher-prise.
Pourtant, j’ai toujours été quelqu’un de plutôt boute-en-train. J’aime rire, partager, déconner. Adolescente, je passais des samedis après-midi entiers à danser devant le miroir de ma chambre, à chanter et à me prendre pour une star.
Il y avait une énergie folle dans cette jeune Céline.
Puis la vie est devenue plus sérieuse. Les responsabilités se sont accumulées, les épreuves ont laissé leurs traces et le contrôle a progressivement pris plus de place.
Alors je me suis mise à réfléchir avant d’agir, à anticiper avant de ressentir et à me demander ce que les autres pourraient penser avant même de savoir ce que j’avais réellement envie de faire.
Ce fichu regard des autres …
La peur du regard des autres, chez moi, ce n’est pas une petite gêne passagère. Elle peut réellement me tétaniser. Enfant, cette timidité était maladive et m’a rendu la vie impossible.
Pendant longtemps, mon ego m’a pourtant été utile. Il m’a aidée à dépasser cette timidité, à aller vers les autres et à prendre ma place.
Mais aujourd’hui, il s’invite dans chacune de mes décisions et trouve toujours une bonne raison de me retenir dès que je risque de paraître ridicule.
Et franchement, j’en ai marre.
Marre des injonctions.
Marre de me demander ce que pourraient penser Pierre, Paul ou Jacques — alors que Pierre, Paul et Jacques ont certainement autre chose à faire.
Marre de sentir cette peur décider à ma place.
Parce qu’à force de vouloir éviter le ridicule, les erreurs, les mauvais choix ou les regards de travers, on finit parfois par éviter aussi ce qui pourrait nous rendre profondément vivants.
On reste dans ce que l’on connaît. On reporte. On se raconte que ce n’est pas le bon moment, que l’on manque de temps ou d’énergie.
Et sans même s’en rendre compte, on s’installe dans une routine confortable… mais terriblement ennuyeuse.
C’est exactement ce que je sentais arriver.
Ma vie continuait à bouger, mais moi, à l’intérieur, je commençais à m’encroûter gentiment.
Et cela m’a suffisamment énervée pour que j’aie envie de reprendre les rênes.
Calmer mon hamster ne suffisait plus …
Depuis quatre ou cinq ans, je médite.
J’arrête, je reprends, j’arrête encore, puis je recommence. La régularité et moi entretenons parfois une relation un peu mouvementée.
Cette année, j’ai décidé d’approfondir cette pratique en rejoignant un groupe de méditation un lundi sur deux. Cela m’apaise énormément et me permet de ralentir un peu le hamster qui court dans ma tête en fabriquant des scénarios, des croyances limitantes et des idées reçues.
Mais je sentais que méditer ne suffirait pas.
J’avais besoin de quelque chose qui ne calme pas seulement mon esprit, mais qui réveille aussi mon corps.
Quelque chose qui me bouscule davantage.
Quelque chose qui me fasse rire, jouer, vibrer et peut-être même perdre un peu le contrôle.
Au fil de mes rencontres, plusieurs personnes m’ont parlé du chant et de la danse. J’ai commencé par me renseigner sur le chant, mais tout semblait se bloquer : pas le bon horaire, pas le bon tarif, pas la bonne formule…
Puis j’ai revu passer Carole sur Instagram.
Cette femme libre restée dans un coin de ma tête …
J’avais rencontré Carole lors d’un repas réseau, au tout début de mon activité, cinq ans plus tôt.
Elle proposait déjà de la danse intuitive.
À l’époque, je m’étais dit que cela avait l’air assez étrange. Pas très familier. Un peu perché, peut-être.
Mais Carole dégageait une énergie incroyable.
Elle semblait libre. Libre dans son corps, dans ses mouvements, dans sa façon d’être et de penser. J’avais adoré cette rencontre. Elle était restée dans un coin de ma tête, sans que je trouve le courage — ou les couilles, disons-le — de franchir le pas.
Puis j’ai vu qu’elle proposait un cours de danse intuitive de deux heures.
Une amie était motivée pour venir avec moi. Nous avons commencé à nous trouver quelques excuses, l’une après l’autre.
Pas le temps.
Pas assez d’énergie.
Peut-être pas le bon moment.
Bref, nous étions particulièrement créatives.
J’ai fini par lui dire :
« Écoute, nous ne serons jamais à court d’excuses. Soit on n’aura pas le temps, soit ce ne sera pas le bon moment, soit on sera fatiguées… ou alors on aura tout simplement la trouille. »
Parce que oui, j’avais la trouille.
Mais une trouille que vous ne pouvez même pas imaginer.
Quinze inconnus et moi au milieu …
Je crois sincèrement que cette expérience représente l’une de mes plus grandes sorties de zone de confort.
La dernière fois que j’avais vraiment dansé, je devais probablement être un peu alcoolisée, en boîte de nuit, noyée au milieu de la foule.
J’adorais danser. Mais il fallait souvent m’enivrer un peu pour m’autoriser à le faire.
Même dans les concerts, je dansotais. Je me balançais gentiment. Mais jamais trop, attention. Il ne faudrait quand même pas que quelqu’un pense que je me prends pour Beyoncé.
Hier soir, je me suis donc retrouvée dans une salle avec une quinzaine d’inconnus. Des femmes, des hommes, des habitués et quelques nouveaux.
Autant vous dire que je n’étais pas à l’aise.
Le cours a commencé et je me suis sentie complètement tétanisée. Je baissais les yeux. J’avais l’impression que tout le monde me regardait.
Carole nous guidait avec sa voix. Elle accompagnait doucement les mouvements du corps avec ses mots. C’est assez difficile à décrire, parce qu’il faut certainement le vivre pour le comprendre.
Mais grâce à elle, je ne me sentais pas complètement seule.
Nous étions à peine au début du cours que, déjà, les larmes sont montées.
J’étais allongée sur le sol et quelque chose s’est ouvert.
Il n’y avait rien à réussir. Aucun mouvement à reproduire. Rien qui soit bien ou mal. Rien qui doive ressembler à quelque chose.
Je pouvais simplement être moi.
Et là, je me suis retrouvée comme à nu face à moi-même.
Partir pleurer ou rester ?
J’ai pensé à aller dans le vestiaire pour fondre en larmes.
Puis je me suis dit que si je commençais à pleurer, j’allais probablement y rester deux heures. Et qu’ensuite, il faudrait revenir dans le groupe.
Cette sensation m’en a rappelé une autre.
Celle de l’enfant qui sort de la classe après avoir été humiliée par un professeur. Les larmes coulent, tout le monde regarde… puis il faut réussir à rentrer de nouveau dans la pièce.
Je l’ai vécu plusieurs fois.
Et revenir était parfois plus difficile encore que de sortir.
En grandissant, j’ai appris à placer de l’humour et de l’autodérision entre les autres et moi. C’est devenu une façon de créer du lien, mais aussi de me protéger.
Cette fois, je n’avais rien derrière quoi me cacher.
Alors je me suis redressée et je me suis parlé :
« Allez, Céline. Vas-y. Tu as la trouille, mais tu sais bien que là où il y a de la peur, il peut aussi y avoir quelque chose qui se transforme. »
Je me suis remise debout.
Autour de moi, tout le monde dansait déjà. Les corps bougeaient dans la salle, sans chercher à produire quelque chose de joli.
Et surtout, personne ne me regardait.
Mon corps savait encore …
Les musiques sont devenues plus rythmées.
Et progressivement, j’ai senti que mon corps n’arrivait plus à se retenir.
Il avait envie de danser.
Il avait envie de s’amuser.
Il avait envie de retrouver la jeune Céline qui passait ses samedis après-midi devant son miroir, qui chantait, dansait et déployait une énergie folle sans se demander si elle était ridicule.
Alors j’ai commencé à bouger, tout doucement.
Au début, je regardais encore le sol. Puis, de temps en temps, je levais les yeux pour vérifier si quelqu’un m’observait.
Personne ne me calculait.
Chacun vivait sa propre expérience.
À cet instant, j’ai compris quelque chose d’assez cruel et de profondément libérateur : pendant que nous imaginons que les autres nous jugent, ils sont généralement bien trop occupés à vivre leur propre vie.
Danser sous le regard d’une inconnue …
Puis Carole nous a proposé d’échanger des regards, de créer du lien sans parler.
Certains avaient envie de regarder. D’autres non.
Il y a eu des sourires, de la gêne, de la douceur et des petits instants de complicité entre des personnes qui ne se connaissaient pas.
Nous étions tous dans le même bateau. Et cela faisait un bien fou.
Ensuite, il a fallu choisir un partenaire au hasard.
J’ai décidé de jouer pleinement le jeu et je ne suis pas allée vers l’amie qui m’accompagnait.
Je serais aujourd’hui incapable de vous donner le prénom de la femme avec laquelle je me suis retrouvée. Et finalement, cela n’a aucune importance.
Nous nous sommes placées face à face.
Carole a demandé à la personne qui avait les cheveux les plus longs de commencer à danser pendant que l’autre la regardait.
Comment vous expliquer ce que j’ai ressenti ?
J’ai eu envie de mourir. Ou, au minimum, de devenir une toute petite souris et de disparaître dans un trou.
Il fallait que je danse, seule, devant cette inconnue qui me regardait.
Pas possible de faire semblant. Pas possible de détourner l’attention avec une plaisanterie. Pas possible de se cacher au milieu du groupe.
Nous étions là, l’une face à l’autre, dans toute notre humanité.
Je me suis sentie complètement à poil.
Je l’ai regardée dans les yeux et j’ai commencé à danser, très doucement.
C’était difficile.
Puis son regard, ses yeux brillants et son sourire m’ont accompagnée. J’y ai vu sa propre gêne, mais aussi du soutien, de la douceur et une immense bienveillance.
J’ai continué.
Puis ce fut son tour et je l’ai regardée danser.
Enfin, nous avons dansé ensemble.
Un lien sans prénom, sans âge, sans histoire …
Ce moment a été bouleversant.
J’avais envie de la prendre dans mes bras, de l’embrasser et de la remercier pour sa générosité.
érosité.
Puis nous nous sommes éloignées, comme nous y invitait la danse.
J’ai presque ressenti un pincement au cœur tellement cet instant avait été dense et nourrissant.
Pour.
Pourtant, je ne connaissais rien de cette femme.
Ni son prénom.
Ni son âge.
Ni son métier.
Ni son niveau social.
Ni son histoire.
Et elle ne savait rien de moi.
Nous n’avions pas eu besoin de nous présenter, d’expliquer qui nous étions ni de tenter de faire bonne impression. Sans échanger une seule parole, nous avions créé un lien qui, pour moi, avait été profondément sincère.
Tout était là : l’humanité, la douceur, la vulnérabilité, la confiance.
Peut-être même une forme d’amour.
Pas l’amour tel qu’on cherche parfois à le définir ou à le posséder. Simplement l’amour dans ce qu’il a de plus humain : « Je te vois. Tu peux être là. Tu n’as rien à prouver. »
Quelque chose s’est remis à vivre …
Nous avons continué à danser, à nous éloigner, à nous rapprocher et à nous croiser.
J’ai aussi dansé avec mon amie. Nos regards se retrouvaient, puis se perdaient, avant de se retrouver de nouveau.
À la fin, nous nous sommes tous allongés au sol pour laisser le calme revenir et accueillir les émotions traversées.
Puis chacun a partagé un ou deux mots sur son expérience.
Lorsque je suis repartie, j’avais envie de soulever des montagnes.
J’avais l’impression que plus rien ne pouvait m’arriver et que j’étais capable de tout.
Évidemment, ce matin, la vie avait repris son cours. Mon mental aussi avait retrouvé son bureau et commencé sa journée comme si de rien n’était.
Je sais qu’une expérience, aussi forte soit-elle, ne transforme pas toute une vie en deux heures. Il faut du temps pour ancrer de nouvelles façons d’être. Il faut recommencer, expérimenter, parfois reculer et revenir.
Alors je vais y retourner.
Parce que quelque chose est en train de se remettre en mouvement, doucement.
Je ne crois pas avoir vaincu ma peur du regard des autres en une soirée. Mais, pendant quelques instants, j’ai cessé de lui obéir.
Et j’ai découvert qu’au-delà de cette peur, il n’y avait ni humiliation ni ridicule.
Il y avait une salle remplie d’inconnus qui tentaient, eux aussi, d’être un peu plus libres.
Il y avait des regards, des sourires et des corps qui n’avaient rien à prouver.
Il y avait la jeune Céline qui dansait de nouveau.
Et elle était toujours là.
Alors, si une expérience vous attire autant qu’elle vous effraie, je ne vais pas vous dire de foncer sans réfléchir ni de brutaliser vos peurs.
Je vais simplement vous inviter à les écouter… puis à leur demander gentiment de se pousser un tout petit peu.
Juste assez pour vous laisser passer.
Parce que derrière elles, il y a peut-être une part de vous qui attend depuis longtemps qu’on lui rende sa place.
La mienne attendait depuis près trop longtemps.
Hier soir, elle s’est remise à danser.
Et vous, y a-t-il une part de vous qui aimerait se remettre en mouvement, mais que la peur, les habitudes ou le regard des autres retiennent encore ?
Si vous sentez que quelque chose vous bloque sans parvenir à comprendre quoi, je peux vous accompagner à mettre des mots dessus et à retrouver votre propre direction.
Pas en vous donnant une recette toute faite, mais en avançant ensemble, avec douceur, lucidité et par petits pas.
